Lecture-rencontre littéraire avec Lev Rubinstein

Thursday 20 September 2018 at 7 p.m

Né en 1947, le «non-poète» et essayiste Lev Rubinstein écrit et travaille à Moscou. Dans les années 1970 et 1980, il fut au centre du mouvement non officiel du Conceptualisme de Moscou, cette nouvelle avant-garde, inventive et insolente, qui a bousculé l’habitus littéraire soviétique en réinventant la forme du poème. Pour Lev Rubinstein, ce fut l’«écriture-sur-fiches».

Au sein d’un régime de doctrines et de carcans, l’idée de segmenter son texte en l’inscrivant, phrase après phrase, sur de simples fiches perforées, lui a été suggérée par son quotidien de bibliothécaire, par les pratiques picturales de démultiplication du Pop Art américain, et par l’espoir qu’un discours donné à voir en pièces détachées serait capable de réveiller le lecteur-auditeur engourdi par le soviétisme ordinaire.

Sur chaque fiche perforée figure un énoncé – y compris l’énoncé-zéro, le blanc – issu de territoires variés du langage : formules toutes faites du quotidien, citations, quasi-citations, poèmes authentiques ou fabriqués, dictons et sentences, chansons ou lambeaux de textes narratifs… Lev Rubinstein découpe les langages, les juxtapose, les mêle et les heurte, dans un système d’échos qui crée un «grand texte» doté d’une cohérence inédite et d’un rythme individuel.

Aujourd’hui traduits dans la plupart des langues européennes, ses textes sont connus depuis longtemps en Russie, notamment grâce à des lectures-performances personnelles et au spectacle vivant. Un recueil complet de ses textes-sur-fiches (1975-2008) a paru en 2015 à Moscou aux Éditions Novoe Izdatelstvo : c’est sur cette édition que s’appuie la traduction française, établie par Hélène Henry-Safier et publiée en 2018 aux Éditions du Tripode, sous le titre La cartothèque.

Si l’époque où les Conceptualistes disséquaient expérimentalement le langage est passée, les textes de Lev Rubinstein ont, eux, gardés toute leur vigueur et la salutaire ironie de l’underground moscovite des années 1970.

Une lecture-rencontre et une exposition vous sont proposées pour découvrir cette œuvre à la fois texte-objet, défini par des fiches de carton perforées, écrites à la main, rangées en liasses, et texte-performance, actualisé dans une lecture théâtralisée, agie et proférée par Lev Rubinstein lui-même, et par sa traductrice en français, Hélène Henry-Safier.

AU PROGRAMME

19h – Introduction au travail de Lev Rubinstein par Hélène Henry-Safier

19h10 – Lecture-performance bilingue russe-français

19h40 – Discussion modérée par Camille Luscher du Centre de traduction littéraire de Lausanne

20h – Dédicace et verrée

EN VITRINE du jeudi 20 au samedi 22 septembre : fiches originales de Lev Rubinstein, éditions et revues sont à découvrir à la bibliothèque de la Fondation Jan Michalski.


Rencontre en français et en russe (traduit en français)

En collaboration avec le Centre de traduction littéraire de Lausanne

La rencontre prend place en ouverture d’un atelier de traduction thématique du CTL consacré à l’intertextualité : plus d’infos 

Entrée CHF 10.- | Sur réservation à rencontre@fondation-janmichalski.ch


BIOGRAPHIES

Né en 1947 à Moscou, Lev Rubinstein a fait des études de Lettres à l’Institut pédagogique de Moscou, où il devient bibliothécaire. Il commence à écrire de la poésie en 1970 et, vers 1975, invente le genre de l’«écriture-sur-fiches». Très actif dans le milieu de la Moscou non-officielle, il opère de nombreuses lectures–performances dans des clubs ou appartements privés. Avec Dmitri Prigov, il forme le noyau du groupe dit des «Conceptualistes de Moscou». A partir de 1986, de premières publications de ses textes voient le jour en Russie dans des revues et des anthologies, ainsi que des traductions en allemand, anglais et français. Les années 1990 et 2000 sont ponctuées de nombreux voyages aux Etats-Unis, en Allemagne, en France, en Angleterre et en Suède. Lev Rubinstein vit aujourd’hui à Moscou, où il est très présent dans la vie culturelle et artistique, en tant qu’essayiste et chroniqueur.

Agrégée de russe, Hélène Henry-Safier est enseignante-chercheuse honoraire à l’Université Paris-Sorbonne. Traductrice littéraire depuis 1975, elle a édité le premier ensemble critique en français sur Ossip Mandelstam et le premier volume de poésies choisies de Boris Pasternak. Elle a également traduit de grands noms du théâtre et de la poésie russes, dont Joseph Brodsky, Nabokov, Alexandre Blok ou Marina Tsvetaieva, ainsi que des poètes, dramaturges et prosateurs contemporains.

 

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