Communiqué de presse Prix Jan Michalski 2016

Communiqué de presse

Montricher, le 23 novembre 2016,

Le jury du Prix Jan Michalski de littérature récompense cette année l’écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov pour son ouvrage Physique de la mélancolie : un roman-labyrinthe, un roman-monde, qui explore les méandres de la mémoire individuelle et collective en quête d’humanité ; une fantastique boîte à histoires, inventive et profonde, poétique et philosophique.

Né en 1968 à Yambol en Bulgarie, à la fois romancier, nouvelliste, poète, essayiste et dramaturge, Guéorgui Gospodinov est un écrivain phare des lettres bulgares, comptant parmi les auteurs contemporains les plus lus dans son pays et les plus traduits à l’étranger. De nombreux prix ont récompensé son œuvre. Si son premier recueil de poèmes Lapidarium (1992) a compté dans le renouveau littéraire de l’ère post-communiste, c’est Un roman naturel (1999, paru en français aux éditions Phébus en 2002) qui, redynamisant et réinventant la forme romanesque, lui valut un fort engouement en Bulgarie ainsi qu’une large reconnaissance internationale à travers des traductions en plus de vingt langues. Le rayonnement de la prose de Guéorgui Gospodinov est confirmé par son deuxième roman Physique de la mélancolie (2011, paru en français aux éditions Intervalles en 2015), qui reçoit cette année le Prix Jan Michalski de littérature : le premier tirage en langue originale a été épuisé en une journée, et les éditions traduites se font nombreuses.

Se distinguant par son inventivité formelle, Physique de la mélancolie offre un récit fragmenté fait d’une multitude d’histoires et de réflexions, d’échos et de bonds, de voyages dans le temps et l’espace mais également en l’Autre, explorant ce que peut être la condition d’homme à l’époque postmoderne, emplie de doutes et de crises.

« Je sommes nous », annonce le prologue de l’ouvrage : au cœur d’une construction chorale, le narrateur se démultiplie à l’envi, doué d’une empathie telle qu’il a la faculté de se glisser dans d’autres vies que la sienne. Il est ainsi à la fois lui petit garçon et lui adulte dans la Bulgarie communiste et postcommuniste de 1968 à 2011, il est aussi son grand-père enfant en 1925 et son grand-père soldat pendant la Seconde Guerre mondiale, il est un animal, un végétal, un nuage… Il est encore le Minotaure, figure d’alter ego tout au long de ce roman-labyrinthe.

Dans les dédales de la mémoire individuelle et collective, Guéorgui Gospodinov poursuit une quête identitaire, qui est aussi celle d’un pays et de l’Europe toute entière, car la mélancolie se répand, la mélancolie migre. « C’est ça que j’ai envie de décrire, cette sensation de mélancolie, d’épuisement du sens, qui, d’un côté, peut-être une sensation pénible, mais qui, de l’autre, peut être aussi un sentiment lumineux. L’homme triste, c’est l’homme pensant, l’homme triste, c’est l’homme contemplant. Je pense que, lorsque l’on raconte une mélancolie, elle devient plus lumineuse. »

Alors l’écrivain raconte, collectionne des souvenirs épars, des contes, des mythes, emboîte des petites histoires personnelles et familiales dans la grande histoire, y additionne des listes, des images, des schémas, des citations, des références, sur un air d’encyclopédie brillamment orchestrée. Il raconte pour conjurer l’effacement du temps, pour tenter d’embrasser une totalité, pour relier son « moi » à d’autres « moi » et ériger l’empathie en ciment d’une humanité partagée. Ses fils d’Ariane, tissés d’humour, d’esprit et de poésie, se suivent avec délice dans un hymne aux pouvoirs de la littérature. Physique de la mélancolie ouvre une fascinante boîte à histoires, productrice de sens pour soi et pour tous, pour aujourd’hui et pour demain, « quelque chose comme une source alternative d’énergie », ainsi que l’espère Guéorgui Gospodinov.


Lauréat du Prix Jan Michalski 2016, Guéorgui Gospodinov recevra une récompense de CHF 50’000.- ainsi qu’une œuvre de l’artiste bernois Markus Raetz choisie à son intention : Binocular View, 2001, photogravure en couleurs.


LE PRIX JAN MICHALSKI DE LITTÉRATURE

Le Prix Jan Michalski de littérature est décerné chaque année depuis 2010 par la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature pour couronner une œuvre de la littérature mondiale. Son originalité réside dans son aspect multiculturel : ouvert aux écrivains du monde entier, ce prix entend ainsi contribuer à leur reconnaissance internationale.

Décerné par un prestigieux jury composé de personnalités multilingues, choisies tant pour leur connaissance des divers genres littéraires que pour leur ouverture culturelle, il récompense des ouvrages de fiction comme de non fiction, quelle que soit la langue d’écriture.

Le lauréat ou la lauréate est honoré(e) par une récompense de CHF 50’000.- lui offrant ainsi la possibilité de se consacrer davantage à son écriture, et reçoit également une œuvre d’art spécialement choisie à son intention.


LE JURY DU PRIX JAN MICHALSKI 2016

Vera Michalski-Hoffmann, Présidente du jury

Editrice, Vera Michalski-Hoffmann s’est investie pour promouvoir la littérature en créant le groupe éditorial Libella avec son époux Jan Michalski. A partir de 1986, de nombreux auteurs ont été publiés en français et en polonais dans différentes maisons d’édition parmi lesquelles Noir sur Blanc, Buchet-Chastel, Phébus ou Wydawnictwo Literackie. En 2004, Vera Michalski crée la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature avec pour mission d’apporter un soutien aux acteurs de l’écrit et de promouvoir le goût de lire.

Charles Dantzig

Charles Dantzig, né en 1961 à Tarbes en France, est éditeur, traducteur et écrivain. Il est l’auteur de romans – Un film d’amour (2003), Dans un avion pour Caracas (2011),Histoire de l’amour et de la haine (2015) –, d’essais – Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005, Prix Décembre, Prix de l’essai de l’Académie française), Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (2009), Pourquoi lire ? (2010), A propos des chefs-d’œuvre (2013) – et de poèmes – La diva aux longs cils (2010), Les nageurs (2010). Il a reçu le Grand Prix Jean Giono en 2010 pour l’ensemble de son œuvre.

Jacek Dehnel

Né à Gdańsk en 1980, Jacek Dehnel est un poète, romancier, traducteur, chroniqueur littéraire et peintre polonais. Diplômé de l’Université de Varsovie, il est spécialiste de poésie anglaise. Salué par le Nobel de littérature Czesław Miłosz lors de la publication de son premier recueil Żywoty równoległe (Vies parallèles, 2004, non traduit), il a remporté de nombreux prix dont le Prix Kościelski en 2005. Ses romans Lala (2006, non traduit) et Saturne (2014) ont reçu un bel accueil en Europe.

Robert Menasse

Né en 1954 à Vienne, philosophe de formation, Robert Menasse est un écrivain, traducteur et essayiste autrichien. Outre de nombreux essais, son œuvre compte des romans remarqués tels La pitoyable histoire de Léo Singer (Prix Doderer 1991, 2000), Machine arrière (2003), Chassés de l’enfer (Prix Amphi 2007), Don Juan de la Manche (2011), ainsi que des livres pour enfants. Il a également reçu le Prix National autrichien de l’essai en 1998 et le Prix du Livre européen en 2015 pour son essai Un messager pour l’Europe : un plaidoyer contre les nationalismes. Très concerné par les développements politiques et culturels de son pays, il publie régulièrement ses points de vue dans la presse.

Cees Nooteboom

Né en 1933 à La Haye, Cees Nooteboom égrène sa passion de la littérature et du voyage dans une œuvre prolixe depuis 1955, date de la parution de Philippe et les autres. Se sont ainsi succédés fictions et nouvelles – dont Le jour des morts (2001), Pluie rouge (2008), La nuit viennent les renards (2011) – recueils de poèmes –, Le visage de l’œil (2016) – et textes relevant de l’essai journalistique, littéraire, philosophique ou méditatif – Tumbas (2009) ou Les lettres à Poséidon (2013). Traduit dans le monde entier, son travail d’écrivain a été salué par des prix prestigieux, tel le Prix des lettres néerlandaises.

Ilma Rakusa

Ecrivaine et traductrice, Ilma Rakusa est née en 1946 en Slovaquie. Son enfance trouve refuge à Budapest, Ljubljana, Trieste, puis à Zurich où elle fait des études de slavistique et de littérature romane. Elle est l’auteur de nombreux recueils de poèmes, récits et essais en allemand, couronnés de nombreux prix, notamment le prestigieux Prix Adelbert von Chamisso. Mehr Meer (La mer encore, 2012) a été récompensé en 2009 par le Schweizer Buchpreis. Ilma Rakusa écrit des articles pour la NZZ et Die Zeit. Elle est membre de la Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung.

Ugo Rondinone

Né à Brunnen en 1964, l’artiste suisse Ugo Rondinone a étudié à la Hochschule für Angewandte Kunst à Vienne. Il élabore depuis plus de vingt ans une œuvre caractérisée par sa grande diversité de médias : peinture, graphisme, sculpture, photographie, vidéo et son. En 2007, il a représenté la Suisse à la Biennale de Venise. Ses œuvres se trouvent notamment dans les collections du New Museum of Contemporary Art à New York. Il a exposé dans de nombreux pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis.

Shashi Tharoor

Après des études en Inde et aux Etats-Unis, Shashi Tharoor, né en 1956, intègre l’Organisation des Nations Unies où il occupe de hautes fonctions pendant de nombreuses années, puis embrasse une carrière politique en Inde. Il est également l’auteur à succès de plusieurs ouvrages dont Le grand roman indien (1993), Show Business (1995), L’émeute (2002), Le sourire à cinq dollars (2005) et Nehru, l’invention de l’Inde (2008).

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